Rectifications&précisions: De l’utilité de lire tout son journal
L’éditorial du Monde daté 5-6 décembre 2010 affirmait sans ambages et sans surprises que Laurent Gbagbo doit admettre sa défaite et que son rival Alassane Ouattara, déclaré vainqueur des élections ivoiriennes par la Commission Electorale Indépendante avait été “félicité par plusieurs dirigeants internationaux, dont les présidents américain, Barack Obama, et français, Nicolas Sarkosy”. Jusque là tout allait bien (si je puis me permettre, alors que la situation de la Côte d’Ivoire est encore loin d’être réglée) ; mais voilà que le même éditorial affirmait ensuite que Laurent Gbagbo, le président sortant déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire (à sa solde si on en croit Le Monde et la majorité des médias), avait lui été “félicité par la Guinée”.
Je ne suis en rien spécialiste des questions de politique africaine, mais cet éditorial m’avait immédiatement conduit à me poser deux questions. Tout d’abord, pourquoi la Guinée, émergeant elle-même à peine d’élections tendues et, au-delà, d’une période de troubles politiques sérieux, chercherait-elle à se mettre à dos l’ONU, les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’Union Africaine en s’immiscant à contre-courant de la vaste majorité des acteurs régionaux et internationaux dans le jeu ivoirien ? Et deuxièmement pourquoi le nouveau président guinéen Alpha Condé, porté au pouvoir principalement par les groupes ethniques Malinkés et Soussous, soutiendrait-il Laurent Gbagbo alors que les Malinkés sont en Côté d’Ivoire un des groupes qui soutiennent majoritairement Alassane Ouattara ?
Malgré ces deux questions, et parce que je suis un cynique qui n’est que rarement surpris de voir le jeu politique prendre le contre-pied de mes attentes naïves, j’acceptai pourtant l’autorité de l’éditorialiste du Monde sur la question, et donc le soutien public de la Guinée à Laurent Gbagbo, tout surprenant qu’il soit.
Et c’est là que la lecture du Monde de la première à la dernière page se révèle un exercice utile, bien que parfois un tant soit peu rébarbatif. Dans son édition en date du Jeudi 9 Décembre 2010, le Monde apporte l’information suivant dans sa section Rectificatifs&Précisions, au bas de la page 23 : “Côte d’Ivoire. Dans l’éditorial du Monde daté 5-6 décembre, nous avons écrit par erreur que la Guinée a reconnu la victoire de Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle contestée de Côte d’Ivoire. En réalité il s’agit de l’inverse. Le président Laurent Gbagbo a salué, samedi 4 décembre, l’élection d’Alpha Condé à la présidentielle guinéenne du 7 novembre.” Et là tout s’éclaire : que Laurent Gbagbo tente de se réinsérer dans le jeu diplomatique international en félicitant le président démocratiquement élu d’un pays voisin sur sa récente victoire électorale est parfaitement logique, même si la position de la Guinée vis-à-vis des présidents rivaux de Côte d’Ivoire demeure, pour le moment, obscure.
Mais combien de lecteurs du Monde et de son éditorial (et je pense plus particulièrement à ceux qui le lisent en ligne) prennent la peine et le temps de lire régulièrement les Rectificatifs&Précisions du Monde ? Et j’en suis donc à me demander combien d’idées et informations erronées se sont glissées par ce biais dans mon esprit (où elles seront en bonne compagnie avec d’autres que j’ai sans doute créées de toutes pièces, sans l’aide du Monde). Ces Rectificatifs&précisions étaient certes, dans l’édition du 8-9 décembre, en vis-à-vis d’un excellent article (page 22) concernant la situation politique post-électorale en Guinée, susceptible d’intéresser le même lectorat que l’éditorial incriminé ; mais l’existence du rectificatif n’aurait-elle pas gagnée à être signalée au bas de l’éditorial du 8-9 novembre ? Je loue le Monde de savoir reconnaître ses erreurs ; je le louerais d’autant plus de le faire de manière plus visible…
PS – en supplément, un lien vers une tribune d’un riverain de Rue89 qui offre une perspective dissonnante (par rapport à la position dominante des médias et des acteurs internationaux du conflit) mais argumentée et loin d’être inintéressante sur le face-à-face post-électoral en Côte d’Ivoire : Légalité contre légitimité : Gbagbo n’est pas un putshiste ?